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Sam et le cheval Carotte. Peut-on frapper un animal ?

  • Photo du rédacteur: Jean-Claude Bardout
    Jean-Claude Bardout
  • 19 déc. 2025
  • 9 min de lecture

 

conte juridique écrit et lu par Jean-Claude Bardout, magistrat honoraire

dans le cadre de Partir en livre 2025 « les animaux et nous »

 

 

Sam a un ami cheval, qui s'appelle Carotte. En fait, c'est une jument. Ils aiment jouer ensemble. On les voit tous les jours, courant l'un après l'autre dans la prairie, à côté de la maison. Sam parle à Carotte doucement, dans ses grandes oreilles. Il caresse son long cou bien chaud, il passe ses doigts dans la crinière. Carotte aime bien celà.

 

Un jour Carotte marche sur le pied de Sam, sans le faire exprès. Elle lui a marché sur un pied avec son sabot. Ça fait très mal. Sam a hurlé de douleur et, sans réfléchir, il a frappé Carotte sur le museau. Çà fait très mal aussi.

 

A-t-il le droit de faire cela  ?

 

Carotte a été surprise quand elle a reçu un grand coup sur le museau. Ca lui a fait mal. Elle ne s'attendait pas à cela, surtout de la part de Sam qui est son ami. Elle a été tellement surprise qu'elle est partie au galop vers la forêt. Elle galope, elle galope. Carotte est partie tout droit, sans réfléchir, comme si elle voulait échapper à un danger, se mettre à l'abri. Elle est partie au galop et s'est réfugiée dans la forêt.  Sam l'a poursuivie, il l'a appelée, « reviens » crie-il. « Reviens » ! En vain. Carotte ne reviens pas.

 

Carotte s'enfuit, traverse un ruisseau, mais elle est emportée par le courant. Sam nage de toutes ses forces pour lui venir au secours, pour lui tenir la tête hors de l'eau, lui dire de revenir à la maison. La belle jument se débat. Sam n'y arrive pas. Elle est trop grande pour lui. Voilà un tronc d'arbre qui flotte au milieu de la rivière ; Carotte y pose son long cou, comme sur une bouée C'est ainsi qu'elle atteint la rive.

 

Sam pousse un long soupir de soulagement. Carotte s'ébroue sur la rive. Elle secoue son dos mouillé, elle secoue ses pattes poru se débarrasser de l'eau. On dirait qu'elle ne fait même pas attention à Sam qui lui aussi sort de l'eau. Ne vois-t-elle pas Sam, ou ne veut-elle plus le voir ? Est-elle encore fâchée ? Voilà Carotte qui se redresse et gambade à nouveau. Où vas-t-elle?

 

La nuit est tombée maintenant. On ne vois plus rien. Mais Sam entend des bruits. C'est Carotte ? Ou c'est peut-être le loup ! Sam n'en mène pas large. Il commence à avoir froid. Il a un peu peur. « Chut ! » Il y a une ombre là-bas. Sam pense « C'est carotte », il l'appelle : « Carotte reviens » ! Que fais Carotte ? On dirait qu'il lui pousse comme des ailes, une aile sur chaque flanc, et qu'elle va s'envoler, telle une jument ailée.

 

Epuisé par cette course éperdue Sam s'endort.. Il rêve. Il rêve qu'il a rattrapé Carotte qui le prend sur son dos bien chaud. Il le conduit à travers les nuages et les étoiles. Sam lui parle à l'oreille doucement, il lui dit que plus jamais il ne la frappera. Il ne lui fera plus aucun mal.

 

Pendant la nuit, Sam est brusquement réveillé par une énorme bourrasque. C'est la tempête. Il s'accroche fort au cou de Carotte et il serre ses jambes autour de sa croupe Enfin, le vent s'apaise, tandis que Sam se réveille. Il et couché dans une prairie au côté de Carotte. Carotte se redresse sur ses pattes. Elle s'ébroue et hennit, contente. Sam se lève aussi, il saisit la bribe de sa jument, il lui parle doucement à l'oreille puis ils prennent, tous deux, tranquillement, le chemin du retour vers la maison.

 

Voilà la maison, au bout du chemin. On voit de la lumière qui s'échappe d'une fenêtre, la porte semble entrouverte, comme si on attendait quelqu'un. Que diront ses parents ? Que leur dira-t-il ? Sam et Carotte arrivent devant la porte, elle est ouverte, son papa, sa maman sont là autour de la table. Où était-tu ? Lui demanda sa maman, ton papa t'a cherché toute la nuit. « J'ai ramené Carotte », répond Sam, qui ajoutes « car elle était partie toute seule. Je l'ai cherché et je l'ai ramenée, parce qu'il s'était enfuie ».

 

« Enfuie ? Répliqua son papa, et pourquoi donc ? Tu ne lui a pas fait de mal j'espère ?»

 

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Cette histoire nous permet de parler d'un problème : Est-ce qu'on a le droit de taper un animal ? Est-ce qu'on a le droit de le taper s'il n'a rien fait de mal ? Et s'il a fait quelque chose de mal, sans faire exprès, comme Carotte, a-t-on le droit de le taper ? S'il a fait du mal exprès, par exemple si Carotte donnait un coup de dent, comme le font parfois les chevaux quand on les embête, est-ce que Sam aurait le droit de le frapper ?

 

Le papa de Sam a entendu le cheval hennir. Depuis la maison, il appelle Sam et lui dit. « Qu'est-ce qui se passe ? On dirait que Carotte n'est pas contente ? »

 

« Non, il s'est rien passé » répond Sam. Donc Sam, après avoir fait mal à sa jument, a menti à son papa. Sam n'a pas peut-être pas pensé faire du mal. Il croit que les êtres humains ont le droit de se faire obéir par les animaux. Est-ce qu'il croit qu'on peut taper un animal pour se faire obéir ?

 

Certains disent, une bête, « ça n'a pas mal ». Ça n'est pas comme nous. Pourtant quand on tape un cheval, il hennit. Si on tape un âne, il brait. C'est la même chose avec tous les animaux, sauf les insectes qu'on entend pas, mais peut-être ils crient quand même, d'une toute petite voix inaudible; ou alors si on fait mal à une abeille, elle nous pique. Çà montre qu'elle aime pas qu'on lui fasse du mal. Et la tortue ? Si on l'embête elle rentre dans sa carapace.

 

Bref, le cheval pousse un cri pour dire qu'il a mal. Il n'aime pas du tout cela, qu'on lui tape dessus. C'est pour cela qu'on dit c'est un « être sensible ». Il est comme nous.  Nous sommes des êtres sensibles. Comme les chevaux.  Quand on tape un cheval ou une jument, ça lui fait mal. Il ou elle a le sentiment de la douleur. Il ou elle sent qu'on lui fait mal. Il, elle n'aime pas cela.

 

Autrefois, au temps où il n'y avait pas de voitures, on voyageait en carriole tirée par un cheval. Quand on n'avait pas de cheval, on attachait la carriole à un âne ou même à un boeuf. Çà n'allait pas vite. Et ça secouait parce qu'il n'y avait pas de pneus sur les roues. C'était l'époque où il n'y avait pas les moteurs qui font avancer les voitures toutes seules. Celui qui conduisait la carriole s'appelait un cocher.

 

Pour faire tourner à droite ou à gauche, il fallait tirer les rênes à droite ou à gauche. Pour arrêter la carriole, on tirait les deux rênes ensemble, d'un coup sec et on disait « Ho ! ». Pour démarrer, on disait « Hue »  et le cheval démarrait. Pour accélérer, on faisait claquer un fouet au dessus de la tête de l'animal. Ça lui sifflait dans les oreilles. Le cheval comprenait qu'il devait accélérer. On faisait cela gentiment.

 

Mais il y avait des cochers qui n'étaient pas gentils. On m'a dit qu'il y avait un cocher très méchant qui tapait son cheval. Il le tapait tout le temps. Il le frappait parce qu'il n'allait pas assez vite. Ou le frappait parce qu'il allait trop vite. Il le frappait ...  sans aucune raison valable, seulement parce qu'il était de mauvaise humeur. Ce cocher en profitait parce qu'il était le plus fort. Son cheval était malheureux, sans défense. C'était pas facile la vie de cheval en ce temps là.

 

C'est alors que le général Gramond, qui était un homme bon et respecté, a dit « ça suffit ».

 

Le général, qui avait fait la guerre, avait vu des chevaux qu'on emmenait sur le champ de bataille et qu'on malmenait. Il a dit que les chevaux ne méritaient pas cela. Il a dit qu'il ne faut plus les taper. Grâce à lui, de nos jours, depuis 1850, a loi interdit de maltraiter les animaux.

 

Donc on peut pas faire n'importe quoi avec son cheval. C'est la même chose avec son chien, son chat ou … sa tortue. On peut lui dire de rester à la maison ou dans son pré, on peut lui demander de garder la maison ou d'attraper les souris, mais on n'a pas le droit de le taper, pas le droit de lui faire du mal.

 

 

Si l'animal est domestiqué, c'est-à-dire s'il vit dans la maison ou à côté de la maison avec ses maîtres, Sam a le droit de lui donner des ordres pour dire ce qu'il doit faire ou ne doit pas faire, mais il faut aussi qu'il s'en occupe bien, lui donner à manger, et lui aménager un endroit tranquille pour dormir et faire la sieste. Il doit veiller à ce que son animal a tout ce qui lui faut pour vivre convenablement. C'est-à-dire qu'il a des droits et des obligations.

 

Et pour tous les animaux, domestiques ou sauvages, il est interdit de lui faire du mal, sans raison valable. Il est interdit de le taper. On est par contre obligé de lui donner à boire et à manger et de le laisser jouer et on doit bien s'occuper de lui, comme doivent le faire les parents à l'égard de leurs enfants.

 

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Ressources documentaires pour la discussion

 

le droit de détenir un animal

 

« Tout homme a le droit de détenir des animaux » (art. L214-2 du code rural et de la pêche)

 

le devoir d'offrir des conditions de vie qui respectent les impératifs biologiques

 

« Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ». (art. L214-1 du code rural et de la pêche)

 

Les animaux sont des êtres vivants,gouvernés par le droit des biens, et protégés par la loi

 

« Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens » (art. 515-14 du code civil)

 

il est interdit de maltraiter un animal

 

« il est interdit d'exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu'envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité ». (art. L 214-3 du code rural et de la pêche)

 

« Seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ou les animaux sauvages apprivoisés »( loi Gramond, 1850)

 

« Le fait, publiquement ou non, d'exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. (Art. 521-1 du code pénal)

Il est interdit :

 

« 1° De les priver de la nourriture ou de l'abreuvement nécessaires à la satisfaction des besoins physiologiques propres à leur espèce et à leur degré de développement, d'adaptation ou de domestication ;

2° De les laisser sans soins en cas de maladie ou de blessure ;

3° De les placer et de les maintenir dans un habitat ou un environnement susceptible d'être, en raison de son exiguïté, de sa situation inappropriée aux conditions climatiques supportables par l'espèce considérée ou de l'inadaptation des matériels, installations ou agencements utilisés, une cause de souffrances, de blessures ou d'accidents ; »

obligation de s'occuper de son animal domestique ou apprivoisé

L'abandon d'un animal domestique ou d'un animal sauvage apprivoisé ou tenu en captivité est puni par la loi

 

interdiction des violences et mauvais traitements

Il est interdit d'exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité.

 

Les maladresses, imprudences, négligences qui causent des blessures ou entrainent la mort d'un animal sont punies également.

 

« Le fait par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou les règlements, d'occasionner la mort ou la blessure d'un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 3e classe.

En cas de condamnation du propriétaire de l'animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal peut décider de remettre l'animal à une oeuvre de protection animale reconnue d'utilité publique ou déclarée, laquelle pourra librement en disposer. »

 

Pour signaler une maltraitance animale en cours, appelez le 17

 

 

bibliographie

CYRULNIK Boris, FONDENAY Elisabeth De, SINGER Peter, Les animaux aussi ont des droits, Ed. Seuil, 2013, 268 p.

 

NOUËT Jean-Claude, COULON Jean-Marie, les droits de l'animal, Dalloz, 2019, 218 p.

 

NOUËT Jean-Claude, COULON Jean-Marie, les droits de l'animal, Dalloz, 2019, 218 p.

 

DOUAN isabelle, Droit et animal, pour un droit des relations avec les humains, éditions Quae 2014, 86 p.

 

BARATAY Eric, Le point de vue animal, une autre version de l'histoire, Seuil 2012, 388 p.

 

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